Articles 2290 et 2302 du Code civil : le total des condamnations des cautions non solidaires plafonné à la dette du débiteur principal – Cass. com., 1er avril 2026, n° 23-23.758, Publié au bulletin

Lorsque deux personnes se portent caution d’un même emprunteur, leur banque peut-elle réclamer à chacune d’elles la totalité de son engagement individuel, même si la somme ainsi obtenue dépasse largement ce que le débiteur doit encore ? C’est précisément ce piège que vient de fermer la Cour de cassation dans un arrêt publié au bulletin du 1er avril 2026. La solution est claire : le total des condamnations prononcées contre plusieurs cautions non solidaires entre elles ne peut jamais excéder le montant de la dette principale. Une règle simple en apparence, mais dont la méconnaissance par la cour d’appel de Paris a conduit à une condamnation de 240 000 euros pour une dette de seulement 136 879,40 euros. Explication.

Cour de cassation, Chambre commerciale, financière et économique, 1er avril 2026, n° 23-23.758, Publié au bulletin — décision précédente : Cour d’appel de Paris, pôle 5, chambre 6, 25 octobre 2023, n° 22/13848

🔑 Points clés à retenir

  • Le total des condamnations prononcées contre plusieurs cautions non solidaires entre elles ne peut jamais dépasser le montant de la dette du débiteur principal, quelle que soit la somme garantie individuellement par chacune d’elles.
  • En l’espèce, la dette principale était fixée à 136 879,40 euros, mais la cour d’appel avait condamné chaque caution à 120 000 euros, soit un total de 240 000 euros : un excédent de plus de 103 000 euros censuré par la Cour de cassation.
  • La règle s’applique que les cautions soient ou non solidaires à l’égard du débiteur principal : seule compte l’absence de solidarité entre les cautions elles-mêmes.
  • Les condamnations doivent être déterminées à proportion des engagements respectifs de chaque caution, dans la limite globale de la dette principale.
  • L’arrêt est publié au bulletin, ce qui lui confère une portée normative forte : il s’imposera aux juridictions du fond comme une référence en matière de pluralité de cautions.
  • Les textes applicables sont les articles 2290 et 2302 du Code civil dans leur rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021 portant réforme du droit des sûretés.
  • La banque (Crédit industriel et commercial, anciennement CIC Iberbanco) a été condamnée aux dépens et à verser 3 000 euros à la caution victorieuse au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.
Sommaire

Quelle est l’affaire à l’origine de cet arrêt ?

Un prêt de 200 000 euros, deux cautions, une liquidation judiciaire

L’histoire commence en septembre 2015. La société Théâtre Saint Germain sollicite un financement auprès du CIC Iberbanco (devenu depuis Crédit industriel et commercial) et obtient un prêt de 200 000 euros. Pour sécuriser ce prêt, la banque exige que deux personnes physiques se portent cautions : chacune s’engage à hauteur de 120 000 euros, soit au total 240 000 euros de garanties pour un prêt de 200 000 euros. Ce mécanisme est courant dans la pratique bancaire : la banque cherche à couvrir non seulement le capital emprunté, mais aussi les intérêts et accessoires susceptibles de s’y ajouter.

Quelques années plus tard, la société Théâtre Saint Germain est placée en liquidation judiciaire. Elle ne peut plus honorer ses remboursements. La banque se retourne alors vers les deux cautions et les assigne en paiement devant le tribunal de commerce de Paris, lequel rend sa décision le 15 juin 2022.

📖 Définition — Cautionnement
Le cautionnement est un contrat par lequel une personne (la caution) s’engage envers un créancier à payer la dette d’un débiteur principal si celui-ci ne s’en acquitte pas lui-même. C’est l’une des garanties personnelles les plus répandues dans le monde bancaire, notamment pour garantir des prêts professionnels.
📖 Définition — Liquidation judiciaire
La liquidation judiciaire est une procédure collective prononcée par un tribunal lorsqu’une entreprise est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible. Elle entraîne la dissolution de la société et la réalisation de ses actifs pour désintéresser les créanciers. Elle déclenche généralement le droit pour la banque créancière de poursuivre les cautions.

Le parcours judiciaire : du tribunal de commerce à la Cour de cassation

L’affaire a connu un parcours judiciaire long et sinueux, illustrant bien la complexité que peuvent atteindre les litiges en matière de cautionnement bancaire.

⚖️ Chronologie du litige

1

Septembre 2015

Signature du prêt de 200 000 € et des actes de cautionnement (120 000 € chacun)

2

Liquidation judiciaire de la société Théâtre Saint Germain

La banque actionne les cautions en paiement

3

15 juin 2022 — Tribunal de commerce de Paris

Première décision : condamnation des cautions à payer chacune 120 000 €

4

25 octobre 2023 — Cour d’appel de Paris, pôle 5 chambre 6 (n° 22/13848)

Infirmation partielle : la dette principale est fixée à 136 879,40 €, mais les cautions restent condamnées à 120 000 € chacune

5

3 octobre 2024 — Cour de cassation

Premier arrêt : rejet des autres moyens du pourvoi

6

1er avril 2026 — Cour de cassation (n° 23-23.758)

Cassation partielle : l’arrêt d’appel est censuré sur le montant des condamnations des cautions — renvoi devant la cour d’appel de Paris autrement composée

Quel était le problème juridique posé ?

Le calcul qui pose problème : 120 000 + 120 000 = 240 000 euros pour une dette de 136 879 euros

À première vue, la condamnation prononcée par la cour d’appel peut sembler logique : chaque caution s’était engagée à hauteur de 120 000 euros, et la cour d’appel les condamne chacune à cette même somme. Pourtant, c’est précisément là que réside l’erreur.

La cour d’appel avait elle-même pris soin de fixer le montant restant dû par le débiteur principal au passif de la procédure collective : 136 879,40 euros, augmentés des intérêts au taux de 2,85 % à compter du 19 mai 2021. Elle avait d’ailleurs déduit de la créance de la banque certains intérêts et pénalités échus pour les années 2015, 2016 et 2018. En d’autres termes, la banque ne pouvait légitimement espérer récupérer, au mieux, qu’environ 136 879 euros.

Or, en condamnant chaque caution à 120 000 euros sans solidarité entre elles, la cour d’appel permettait à la banque de percevoir jusqu’à 240 000 euros — soit presque le double de ce qui lui était dû. C’est cette contradiction interne, flagrante, que la Cour de cassation est venue sanctionner.

⚠️ L’erreur en chiffres

Dette principale fixée par la CA

136 879 €

Total des condamnations prononcées

240 000 €

→ Excédent : environ 103 121 euros, soit 75 % de plus que la dette réelle

Cautions solidaires et cautions non solidaires : quelle différence ?

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut distinguer deux configurations fondamentales en matière de pluralité de cautions.

📖 Définition — Solidarité entre cautions
Lorsque plusieurs cautions sont solidaires entre elles, chacune est tenue de l’intégralité de la dette à l’égard du créancier. Celui-ci peut poursuivre indifféremment l’une ou l’autre pour la totalité. En revanche, lorsque les cautions ne sont pas solidaires entre elles (cautions simples ou co-cautions sans solidarité), chacune n’est tenue qu’à proportion de son engagement. Le bénéfice de division permet alors à chaque caution d’exiger que la dette soit divisée entre toutes.

🔀 Solidarité entre cautions : deux régimes différents

⚡ Cautions solidaires entre elles

La banque peut réclamer la totalité à chaque caution individuellement. Le total récupéré peut atteindre le montant garanti par chacune, mais la banque ne peut pas s’enrichir au-delà de sa créance.

🛡️ Cautions non solidaires entre elles

Chaque caution n’est tenue qu’à proportion de son engagement. Le total des condamnations ne peut pas excéder la dette principale. C’est ce que confirme l’arrêt du 1er avril 2026.

→ Dans les deux cas, la banque ne peut pas recevoir plus que ce qui lui est réellement dû par le débiteur principal.

En l’espèce, la cour d’appel avait expressément constaté que les deux cautions n’étaient pas solidaires entre elles. Elle aurait donc dû en tirer toutes les conséquences sur le montant des condamnations. Elle ne l’a pas fait, et c’est ce qui a conduit à la cassation.

Quelle est la solution retenue par la Cour de cassation ?

Les articles 2290 et 2302 du Code civil : le fondement textuel de la décision

La Cour de cassation fonde sa décision sur la combinaison de deux articles du Code civil, dans leur rédaction antérieure à la réforme du droit des sûretés opérée par l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021.

Le premier, l’article 2290, pose le principe fondamental d’accessoire du cautionnement : le cautionnement ne peut excéder ce qui est dû par le débiteur, ni être contracté sous des conditions plus onéreuses. C’est la règle dite du « principe d’accessoire » : la garantie ne peut pas être plus lourde que la dette garantie.

📖 Définition — Principe d’accessoire du cautionnement
Le cautionnement est un contrat accessoire à la dette principale qu’il garantit. Cela signifie que l’existence et l’étendue de l’engagement de la caution dépendent de ceux de la dette principale. Si la dette est éteinte, la caution est libérée. Si la dette est réduite, l’engagement de la caution l’est en principe également. La caution ne peut jamais devoir plus que le débiteur lui-même.

Le second, l’article 2302, traite spécifiquement de la situation où plusieurs personnes se sont rendues cautions d’un même débiteur pour une même dette. Il indique qu’elles sont obligées chacune à toute la dette — ce qui constitue le régime de solidarité entre co-cautions — mais cela doit se lire en combinaison avec le principe d’accessoire.

Le raisonnement de la Cour : une combinaison de textes au service des cautions

La Cour de cassation construit son raisonnement de façon méthodique et particulièrement pédagogique. Elle articule les deux textes pour dégager un principe général applicable à toutes les configurations de co-cautionnement non solidaire.

Le syllogisme est le suivant : d’un côté, le cautionnement ne peut excéder la dette du débiteur (art. 2290) ; de l’autre, lorsque plusieurs cautions sont en présence, leurs condamnations doivent être déterminées à proportion de leurs engagements respectifs. La combinaison de ces deux règles implique nécessairement que le total des condamnations ne peut franchir le plafond de la dette principale.

💡 Le raisonnement de la Cour de cassation

Art. 2290 → Le cautionnement ne peut excéder la dette principale

+

Art. 2302 → Chaque caution est tenue à proportion de son engagement

Résultat → Le TOTAL des condamnations des cautions non solidaires entre elles ne peut jamais excéder la dette du débiteur principal, peu importe que ces cautions soient ou non solidaires à l’égard du débiteur.

Ce qui est remarquable dans cet arrêt, c’est la précision finale apportée par la Cour : la règle s’applique « que les cautions soient ou non solidaires à l’égard du débiteur principal. » Cela signifie que même des cautions solidaires vis-à-vis de la banque, mais non solidaires entre elles, ne pourront pas être condamnées à un total dépassant la dette principale. La solidarité avec le débiteur ne change rien à la limitation du total des condamnations.

Cette précision est importante car elle ferme une potentielle ambiguïté : certains auraient pu soutenir que des cautions solidaires à l’égard du créancier pouvaient être condamnées chacune à leur plafond individuel sans considération pour le total. La Cour de cassation dit clairement non.

Quelle est la portée concrète de cet arrêt ?

Qu’en est-il après la réforme du droit des sûretés de 2021 ?

Il est important de replacer cet arrêt dans son contexte normatif. La Cour de cassation applique ici les articles 2290 et 2302 du Code civil dans leur rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021. Cette ordonnance a procédé à une refonte complète du droit des sûretés, qui constitue l’une des réformes les plus importantes du droit civil depuis le Code Napoléon.

📖 Définition — Ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021
Cette ordonnance a réformé en profondeur le livre IV du Code civil consacré aux sûretés. Elle a recodifié les règles du cautionnement, du gage, de l’hypothèque et d’autres garanties. Les nouvelles dispositions sont entralement applicables aux cautionnements souscrits depuis le 1er janvier 2022. Pour les actes antérieurs à cette date — comme ceux signés en septembre 2015 dans l’affaire commentée — c’est l’ancien droit qui continue de s’appliquer.

Pour l’affaire commentée, les cautionnements ayant été souscrits en septembre 2015, c’est bien l’ancien droit qui s’applique. Mais la question se pose : la solution dégagée par la Cour de cassation vaut-elle également sous l’empire du nouveau droit issu de la réforme de 2021 ?

La réponse est vraisemblablement positive. Le nouveau Code civil consacre toujours le principe d’accessoire du cautionnement (désormais à l’article 2299) et maintient des règles similaires sur la co-caution. Le principe selon lequel le total des condamnations des co-cautions ne peut excéder la dette principale découle d’une logique juridique fondamentale qui transcende la rédaction précise des textes. Il serait en effet inconcevable, dans tout système juridique cohérent, qu’un créancier puisse récupérer davantage que ce qui lui est dû.

Ce que cela change pour les cautions en pratique

Cet arrêt publié au bulletin — ce qui signifie que la Cour de cassation lui reconnaît une valeur normative et entend qu’il serve de référence — a des implications concrètes importantes pour toutes les personnes qui ont signé un acte de cautionnement bancaire.

📋 Ce que les cautions peuvent désormais invoquer

Vérifier le montant réel de la dette principale

Avant tout paiement ou toute signature d’un protocole transactionnel, il est essentiel de demander à la banque de justifier précisément le montant qu’elle réclame au titre du prêt garanti, en distinguant capital, intérêts et accessoires.

Calculer le total des condamnations potentielles entre co-cautions

Si vous êtes co-caution avec d’autres personnes sans solidarité entre vous, additionnez les condamnations auxquelles chacun est exposé. Si ce total dépasse la dette principale, vous disposez d’un argument fort pour obtenir une réduction judiciaire.

Agir en appel ou en cassation si la règle est méconnue

Comme le montre l’affaire commentée, même si le premier juge commet cette erreur, la voie d’appel puis de cassation permettent de la faire corriger. L’arrêt du 1er avril 2026 offre un fondement solide pour tout moyen de cassation en ce sens.

Prendre en compte les sommes déjà réglées par l’autre caution

Le paiement par l’une des cautions réduit d’autant ce que la banque peut réclamer à l’autre, puisque le total ne peut excéder la dette principale.

Un autre aspect de la décision mérite d’être signalé : la cassation n’entraîne pas automatiquement l’annulation de toutes les dispositions de l’arrêt attaqué. La Cour de cassation a pris soin de préciser que la condamnation de l’une des cautions à garantir l’autre en exécution d’un protocole transactionnel conclu postérieurement entre elles n’est pas remise en cause. Ce protocole, distinct des cautionnements originels, a sa propre vie juridique et n’est pas affecté par la cassation portant sur les montants des condamnations au titre des cautionnements.

Cela illustre une règle importante du droit processuel : la cassation est partielle, et seules les dispositions de l’arrêt qui sont dans un lien de dépendance nécessaire avec le chef cassé sont emportées. Les dispositions autonomes, relatives à d’autres questions juridiques, restent valables.

📐 La règle de répartition entre co-cautions en pratique

Concrètement, comment répartir la dette entre deux co-cautions non solidaires après cet arrêt ? Prenons l’exemple de l’affaire :

Données :

→ Caution A : engagement maximal de 120 000 €

→ Caution B : engagement maximal de 120 000 €

→ Total des engagements : 240 000 €

→ Dette principale : 136 879,40 €

Application correcte :

→ Part de chaque caution = 120 000 / 240 000 = 50 % des engagements totaux

→ Condamnation de chacune = 50 % × 136 879,40 € = 68 439,70 €

→ Total : 68 439,70 + 68 439,70 = 136 879,40 € = dette principale ✓

La banque, condamnée aux dépens et à verser 3 000 euros à la caution victorieuse au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, supporte in fine les conséquences de la condamnation excessive qu’elle avait cherché à obtenir. C’est une leçon que les établissements bancaires auraient intérêt à retenir dans la rédaction de leurs assignations et dans leurs calculs de réclamations.

Conclusion

L’arrêt du 1er avril 2026 rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation est une décision de principe qui vient rappeler avec force une règle fondamentale du droit du cautionnement : la banque ne peut pas recevoir plus que ce qu’on lui doit. Aussi évidente que cette règle puisse paraître, sa méconnaissance par la cour d’appel de Paris a failli coûter plus de 103 000 euros supplémentaires aux deux cautions poursuivies.

En publiant cet arrêt au bulletin, la Cour de cassation envoie un signal clair aux juridictions du fond : lorsque plusieurs cautions non solidaires entre elles sont assignées en paiement, le juge doit impérativement vérifier que le total des condamnations ne dépasse pas la dette principale, calculée avec précision au passif de la procédure collective. Il ne suffit pas de condamner chaque caution à hauteur de son plafond d’engagement individuel sans confronter ce résultat à la réalité de ce qui est dû.

Pour les particuliers et les dirigeants d’entreprise qui ont signé des actes de cautionnement bancaire, cette décision est une arme précieuse. Si votre banque vous poursuit pour un montant qui, cumulé avec ce qu’elle réclame à d’autres co-cautions, dépasse ce que le débiteur principal lui doit effectivement, vous disposez désormais d’un argument de cassation reconnu et publié. Le recours à un avocat spécialisé en droit bancaire est, dans ces situations, non seulement utile mais souvent décisif.

FAQ — Questions fréquentes

Je suis co-caution avec une autre personne sans solidarité entre nous. La banque peut-elle nous réclamer 120 000 € chacun si la dette restante est de 100 000 € ?
Non. C’est précisément ce que cet arrêt du 1er avril 2026 vient interdire. Si la dette du débiteur principal est de 100 000 euros, le total des condamnations prononcées contre vous deux ne peut pas dépasser 100 000 euros, peu importe que chacun de vous s’était engagé à hauteur de 120 000 euros. La répartition se fera à proportion de vos engagements respectifs dans cette limite globale. Si vous êtes assignés pour une somme qui dépasse ce plafond, vous pouvez le soulever devant le tribunal, et en appel si nécessaire.
Comment savoir quel est le montant exact de la dette principale restant due ?
Lorsque le débiteur principal fait l’objet d’une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire), la créance de la banque est déclarée au passif de cette procédure et vérifiée par le mandataire judiciaire. C’est ce montant admis au passif qui constitue la référence. Vous pouvez en obtenir communication auprès du greffe du tribunal de commerce ou via le mandataire liquidateur. Il faut également vérifier si des paiements partiels ont déjà été effectués, si certains intérêts ou pénalités ont été exclus, et si des exceptions vous sont personnellement opposables (comme la déchéance des intérêts pour défaut d’information annuelle de la caution). Un avocat spécialisé en droit bancaire peut vous aider à reconstituer exactement ce chiffre.
La règle s’applique-t-elle aussi si je suis solidaire envers la banque, mais pas solidaire avec l’autre caution ?
Oui, et c’est l’une des précisions les plus importantes de cet arrêt. La Cour de cassation indique expressément que la règle s’applique « que les cautions soient ou non solidaires à l’égard du débiteur principal. » Ce qui compte, c’est l’absence de solidarité entre les cautions elles-mêmes. Même si vous avez signé une caution solidaire avec la banque (ce qui est le cas dans l’immense majorité des actes bancaires), si vous n’êtes pas solidaire avec l’autre co-caution, le plafond de la dette principale s’impose au total de vos condamnations respectives.
Cette règle s’applique-t-elle aux cautionnements signés après la réforme de 2021 ?
L’arrêt du 1er avril 2026 a été rendu sur le fondement des textes antérieurs à la réforme du droit des sûretés opérée par l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, car les cautionnements en cause avaient été souscrits en 2015. Cependant, la réforme de 2021 maintient le principe fondamental selon lequel le cautionnement ne peut excéder la dette garantie (désormais codifié à l’article 2299 du Code civil). La logique juridique qui fonde la décision commentée — le total ne peut dépasser la dette principale — s’applique vraisemblablement dans le même sens sous le nouveau droit. Pour les actes signés depuis le 1er janvier 2022, il conviendra toutefois de vérifier la formulation exacte des nouvelles dispositions applicables, et un avocat spécialisé pourra vous apporter une réponse précise selon votre situation.
Que se passe-t-il si l’autre caution a déjà payé une partie de la dette à la banque ?
Si l’une des cautions a déjà payé une partie de ce qu’elle devait, la dette principale est réduite d’autant, ce qui réduit mécaniquement ce que la banque peut réclamer à l’autre caution. Le total des sommes perçues par la banque entre toutes les cautions ne peut jamais dépasser la dette principale. Si la banque a déjà reçu 60 000 euros d’une co-caution et que la dette principale était de 100 000 euros, elle ne peut plus vous réclamer qu’au maximum 40 000 euros. Vous devez donc vous assurer d’obtenir un relevé précis des paiements déjà effectués par l’ensemble des co-cautions avant de négocier ou de payer quoi que ce soit.
J’ai déjà été condamné à payer plus que ma part proportionnelle. Est-il trop tard pour contester ?
Si la décision de condamnation est définitive (non susceptible d’appel ou de pourvoi en cassation), il est en principe trop tard pour la remettre en cause directement. Cependant, si vous êtes encore dans le délai d’appel (un mois à compter de la signification du jugement en matière civile et commerciale) ou dans le délai de pourvoi en cassation (deux mois à compter de la signification de l’arrêt d’appel), vous pouvez encore agir. Par ailleurs, si vous avez payé une somme excédant la dette principale et que l’autre caution n’a rien versé, vous disposez peut-être d’un recours contre elle ou contre la banque. Il est crucial de consulter rapidement un avocat spécialisé pour ne pas laisser expirer les délais de recours.
En tant que caution, puis-je me retourner contre l’autre caution si j’ai payé plus que ma quote-part ?
Oui. Le droit du cautionnement prévoit des recours entre co-cautions. Si vous avez payé au-delà de votre part proportionnelle dans la dette principale, vous disposez d’un recours subrogatoire contre l’autre caution, en vous substituant dans les droits de la banque à hauteur de ce que vous avez payé en excédent. C’est ce que l’on appelle le recours en contribution entre co-cautions. Dans l’affaire commentée, l’existence d’un protocole transactionnel conclu entre les deux cautions réglait précisément cette question d’une façon autonome — la cassation ne remettant pas en cause cette disposition. Il est conseillé de formaliser ces arrangements entre co-cautions par écrit et, si possible, avant même que l’une ou l’autre ne soit poursuivie.
1521 2281 max

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RGPD :

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