Caution disproportionnée : la fiche de renseignements sans anomalie verrouille le débat (Cass. com., 17 juin 2026, n° 25-10.990)

Une caution avait été libérée de ses engagements par la cour d’appel de Bordeaux, qui avait jugé ses cautionnements manifestement disproportionnés à son patrimoine. La Cour de cassation casse cette décision le 17 juin 2026 : selon elle, les juges du fond ne pouvaient pas écarter les chiffres déclarés par la caution dans sa fiche de renseignements sans d’abord vérifier si cette fiche était entachée d’« anomalies apparentes ». Derrière une cassation purement technique se joue une question décisive pour des milliers de dirigeants qui se portent caution : à partir de quand une banque peut-elle se retrancher derrière un questionnaire signé pour faire échec à la protection de la caution ? Décryptage d’un arrêt qui mérite, à notre sens, une lecture critique.

Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, 17 juin 2026, n° 25-10.990 (cassation partielle) — sur pourvoi contre CA Bordeaux, 1re ch. civ., 28 novembre 2024, n° 21/00075

🔑 Points clés à retenir

  • La caution qui a rempli une fiche de renseignements dépourvue d’anomalies apparentes ne peut, ensuite, soutenir que sa situation financière était en réalité moins favorable que celle qu’elle a déclarée.
  • La Cour de cassation reproche à la cour d’appel de Bordeaux d’avoir retenu la disproportion sans rechercher si la fiche de la caution était affectée d’anomalies apparentes : c’est un défaut de base légale au regard de l’article L. 341-4 ancien du code de la consommation.
  • L’engagement principal en cause : une caution solidaire de 130 000 € garantissant un prêt de 1 060 000 € destiné à l’achat d’un fonds d’officine, doublée d’un cautionnement de 39 000 € pour un découvert.
  • La cassation du chef « disproportion » entraîne, par voie de conséquence, celle du chef « devoir de mise en garde » (article 624 du code de procédure civile).
  • L’affaire est renvoyée devant la cour d’appel d’Agen : rien n’est joué, et plusieurs arguments restent ouverts à la caution.
  • La décision réaffirme un courant favorable aux banques ; nous expliquons pourquoi elle prête le flanc à la critique et comment la contourner.
Sommaire

Que s’est-il passé dans cette affaire ?

L’affaire est une illustration classique du sort réservé au dirigeant qui se porte caution des dettes de sa société. Une pharmacienne acquiert un fonds de commerce d’officine. Pour financer l’opération, la Caisse d’épargne et de prévoyance Aquitaine Poitou-Charentes consent à sa société, la Pharmacie d’Albret, un crédit d’un montant considérable. En contrepartie, la banque exige que la dirigeante garantisse personnellement ce financement. Quelques années plus tard, la société est placée en redressement judiciaire, puis liquidée. La banque, ne pouvant plus compter sur le débiteur principal, se retourne contre la caution et lui réclame le paiement.

C’est à ce stade que la caution invoque l’arme la plus efficace de son arsenal : la disproportion manifeste de ses engagements. Si elle parvient à démontrer qu’au jour où elle s’est engagée, le montant garanti était sans commune mesure avec ses biens et ses revenus, la banque perd le droit de se prévaloir du cautionnement. La sanction est radicale : l’engagement devient inopposable, c’est-à-dire que la banque ne peut tout simplement plus l’opposer à la caution pour réclamer un seul euro.

Quels étaient les engagements de la caution ?

Deux engagements distincts étaient en jeu, espacés de plus de deux ans :

📅 Chronologie des engagements

26 octobre 2009 → La future caution remplit un questionnaire confidentiel de patrimoine, préalable à son premier engagement. Elle y déclare détenir, via la SCI Valiane (dont elle possède 94,74 %), un patrimoine immobilier estimé à 400 000 €, ainsi qu’un revenu de 26 000 €.

25 janvier 2010 → La banque consent à la société un prêt de 1 060 000 € sur 15 ans (achat du fonds d’officine). La dirigeante se porte caution solidaire à hauteur de 130 000 €.

6 mars 2012 → Nouveau questionnaire confidentiel, préalable au second engagement.

1er octobre 2012 → La banque accorde un découvert de 30 000 €, garanti par un second cautionnement de 39 000 €.

27 mai 2014 → Redressement judiciaire de la société.

29 août 2016 → La banque assigne la caution en paiement.

📖 Définition — Cautionnement solidaire
Le cautionnement est le contrat par lequel une personne (la caution) s’engage à payer la dette d’une autre (le débiteur principal) si celle-ci ne paie pas. Lorsqu’il est solidaire, la caution renonce au bénéfice de discussion : la banque peut la poursuivre directement, sans devoir d’abord épuiser ses recours contre le débiteur principal.

Pourquoi la cour d’appel avait-elle libéré la caution ?

Le tribunal judiciaire de Bordeaux, en 2020, puis la cour d’appel de Bordeaux, le 28 novembre 2024, ont donné raison à la caution : les deux cautionnements ont été jugés manifestement disproportionnés et déclarés inopposables. Pour comprendre la cassation, il faut saisir précisément le raisonnement des juges du fond, car c’est lui que la Cour de cassation a censuré.

Le cœur du débat portait sur la valeur des parts de la SCI Valiane. La banque soutenait que ces parts valaient une fortune : la SCI détenait des immeubles estimés à 400 000 €, et la caution en possédait l’écrasante majorité. À ses yeux, le patrimoine de la caution était donc largement suffisant pour couvrir un engagement de 130 000 €.

La cour d’appel a rejeté cette présentation. Elle a relevé que la banque confondait la valeur des immeubles détenus par la SCI et celle des parts sociales que la caution détenait dans son propre patrimoine. Or une part de SCI ne se confond pas avec une quote-part des murs : elle se valorise notamment par la rentabilité de la société. Les juges ont constaté que les loyers encaissés (environ 1 840 €) étaient absorbés par les mensualités de l’emprunt de la SCI (1 681,35 €), auxquelles s’ajoutaient les charges et impositions de la société. Conclusion : au regard de leur rentabilité réelle, ces parts « n’avaient aucune valeur ». Le patrimoine effectif de la caution se résumait alors à un apport de 85 000 €, face à un engagement de 130 000 € : la disproportion était caractérisée. Pour le second cautionnement, la cour avait identifié un passif de 183 680 € (emprunts en cours, augmentés du premier cautionnement de 130 000 € que la banque ne pouvait ignorer) pour un actif n’excédant pas 60 000 €.

En somme, la cour d’appel n’a pas dit que la caution avait menti. Elle a dit que la méthode d’évaluation de la banque était « contestable » et qu’une juste valorisation des parts conduisait à un patrimoine très inférieur à l’engagement souscrit. Cette nuance est capitale pour la suite.

Que dit la Cour de cassation sur la fiche de renseignements ?

La banque s’est pourvue en cassation. Son argument : la caution avait elle-même rempli des fiches de renseignements faisant état d’un patrimoine confortable, sans que ces fiches présentent d’anomalie apparente. Dès lors, la caution ne pouvait pas, des années plus tard, prétendre que sa situation était en réalité bien moins favorable. La chambre commerciale lui donne raison sur ce point précis.

📖 Définition — Disproportion manifeste (art. L. 341-4 ancien du code de la consommation)
Un créancier professionnel ne peut se prévaloir d’un cautionnement conclu par une personne physique dont l’engagement était, lors de sa conclusion, manifestement disproportionné à ses biens et revenus, à moins que le patrimoine de la caution, au moment où elle est appelée, ne lui permette de faire face à son obligation. Ce texte, applicable à l’affaire, est aujourd’hui codifié à l’article L. 343-4 du même code et complété, depuis 2021, par l’article 2300 du code civil.
📖 Définition — Fiche de renseignements (ou questionnaire confidentiel)
C’est le document que la banque fait remplir à la caution avant son engagement : revenus, charges, composition du patrimoine. Il sert à apprécier la capacité financière de la caution. La jurisprudence en a fait un instrument à double tranchant : il protège la caution lorsqu’il révèle une disproportion, mais il peut se retourner contre elle si elle y a déclaré une situation flatteuse.

Pourquoi la caution ne peut-elle pas se dédire de ses déclarations ?

La Cour de cassation rappelle une règle aujourd’hui bien ancrée : « La caution qui a rempli, à la demande de la banque, une fiche de renseignements relative à ses revenus et charges annuels et à son patrimoine, dépourvue d’anomalies apparentes sur les informations déclarées, ne peut, ensuite, soutenir que sa situation financière était en réalité moins favorable que celle qu’elle a déclarée au créancier. »

L’idée est la suivante : la banque a le droit de se fier de bonne foi aux chiffres que la caution lui communique. Elle n’a pas à mener une enquête patrimoniale indépendante pour vérifier chaque ligne du questionnaire. Si, à la lecture, rien ne saute aux yeux — aucune incohérence, aucune contradiction manifeste — la banque peut s’appuyer sur ces déclarations. La caution ne peut donc pas, une fois appelée en paiement, soutenir l’inverse de ce qu’elle a écrit pour échapper à son engagement.

📖 Définition — Anomalie apparente
Une anomalie apparente est une incohérence ou une invraisemblance que la banque pouvait déceler à la simple lecture de la fiche, sans investigation particulière : par exemple un patrimoine surévalué de façon flagrante, des chiffres contradictoires, ou un actif déclaré incompatible avec les revenus indiqués. Lorsqu’une telle anomalie existe, la banque ne peut plus se retrancher derrière les déclarations de la caution.

La logique du système est donc binaire : tout dépend de la présence ou de l’absence d’anomalie apparente. Et c’est précisément ce point que la cour d’appel de Bordeaux n’avait pas tranché.

Qu’est-ce qu’un défaut de base légale ?

La Cour de cassation ne dit pas que la cour d’appel a eu tort sur le fond. Elle dit qu’elle n’a pas vérifié ce qu’elle devait vérifier avant de statuer. En retenant la disproportion à partir d’une évaluation des parts de la SCI Valiane, sans rechercher au préalable « si les fiches de renseignements signées par la caution étaient affectées d’anomalies apparentes », les juges du fond ont privé leur décision de base légale.

📖 Définition — Défaut de base légale
C’est une censure de pure technique judiciaire : la Cour de cassation reproche aux juges du fond de ne pas avoir constaté tous les faits nécessaires pour justifier l’application de la règle de droit. La décision n’est pas « fausse » sur le principe : elle est insuffisamment motivée. L’affaire est renvoyée pour que les juges complètent leur analyse.

Concrètement : la cour d’appel devait d’abord se demander si la banque pouvait, ou non, se fier aux fiches. Si les fiches étaient sans anomalie apparente, la caution était en principe tenue par ses propres chiffres ; si elles contenaient des anomalies, la banque ne pouvait s’y fier et le juge retrouvait toute liberté pour apprécier la situation réelle. En sautant cette étape, la cour d’appel s’est exposée à la cassation.

Pourquoi le devoir de mise en garde est-il aussi cassé ?

Le jugement de première instance avait retenu, en plus de la disproportion, un manquement de la banque à son devoir de mise en garde. Ce chef de décision est emporté par la cassation, alors même qu’il n’était pas directement visé par le moyen retenu.

📖 Définition — Devoir de mise en garde
La banque doit mettre en garde la caution non avertie lorsque l’engagement n’est pas adapté à ses capacités financières ou lorsqu’il existe un risque d’endettement né de l’opération garantie. Le manquement à ce devoir ouvre droit à des dommages-intérêts, généralement évalués comme une perte de chance de ne pas s’engager.
📖 Définition — Cassation par voie de conséquence (art. 624 du code de procédure civile)
Lorsque la cassation d’un chef de décision entraîne nécessairement celle d’un autre chef qui en dépend, ce second chef tombe aussi. On parle de « lien de dépendance nécessaire ». Ici, l’appréciation du risque d’endettement (mise en garde) reposait sur les mêmes éléments patrimoniaux que la disproportion : les deux sont indissociables.
⚙️ Le mécanisme de la cassation en chaîne

Censure du chef « disproportion manifeste »
    ↓ (lien de dépendance nécessaire, art. 624 CPC)
Chute du chef « manquement à l’obligation de mise en garde »
    ↓
Renvoi de l’ensemble devant la cour d’appel d’Agen

Cette décision est-elle vraiment justifiée ?

Sur le plan de la technique de cassation, l’arrêt est inattaquable : la règle des « anomalies apparentes » existe, et la cour d’appel ne l’a pas formellement appliquée. Mais en y regardant de plus près, la solution interroge — et nous paraît révéler une faiblesse dans l’articulation des concepts.

La Cour confond-elle évaluation et déclaration ?

La règle des anomalies apparentes a une finalité bien précise : empêcher une caution de se dédire de bonne foi. Elle vise l’hypothèse de la caution qui déclare un patrimoine flatteur pour obtenir le crédit de sa société, puis qui prétend l’inverse quand on lui réclame le paiement. C’est une sanction de l’incohérence, presque une application de l’estoppel : on ne peut pas souffler le chaud et le froid.

Or, dans cette affaire, ce n’est pas du tout ce que la cour d’appel avait constaté. Elle n’a pas dit que la caution avait sous-déclaré ses biens. Elle a dit que la banque elle-même avait surévalué les parts de la SCI Valiane, en les assimilant à tort à la valeur des murs alors qu’une part sociale se valorise par sa rentabilité. Le désaccord ne portait donc pas sur des chiffres déclarés par la caution, mais sur la méthode juridique et économique de valorisation d’un actif. Cette appréciation relève traditionnellement du pouvoir souverain des juges du fond.

On peut donc s’interroger : en imposant à la cour d’appel de vérifier d’abord l’existence d’anomalies apparentes, la chambre commerciale ne déplace-t-elle pas la règle hors de son terrain naturel ? La caution n’a jamais soutenu que « sa situation était moins favorable que déclarée » : elle a soutenu que la valeur réelle d’un actif déclaré était nulle, ce qui est une question d’évaluation, non de loyauté déclarative. Le glissement est subtil mais lourd de conséquences : il permet à la banque de figer sa propre estimation — pourtant jugée « contestable » — au seul motif que la caution avait, à l’époque, renseigné un montant brut.

Quelles conséquences concrètes pour les cautions ?

La portée pratique de l’arrêt n’est pas neutre. C’est la banque qui rédige le questionnaire, qui choisit les rubriques, et qui retient sa propre méthode d’évaluation des actifs déclarés. Si l’on admet que le simple fait d’avoir renseigné une valeur « sans anomalie apparente » suffit à verrouiller le débat, on aboutit à un déséquilibre : la caution, le plus souvent profane en matière financière, se trouve liée par une valorisation qu’elle n’a pas maîtrisée et qui peut être techniquement fausse.

Cette lecture affaiblit la fonction protectrice de l’article L. 341-4. Le texte a été conçu pour protéger la caution personne physique contre des engagements hors de proportion. Le transformer en bouclier pour la banque dès qu’un questionnaire a été signé revient à en inverser l’esprit. On peut y voir une tension avec l’exigence d’une appréciation in concreto de la disproportion, que la Cour de cassation impose pourtant par ailleurs.

⚠️ Ce que l’arrêt ne tranche pas
La Cour de cassation ne dit pas que les cautionnements sont proportionnés. Elle ne dit pas que les parts de la SCI Valiane ont une valeur. Elle dit seulement que la cour d’appel devait d’abord vérifier les anomalies apparentes. Tout reste à rejouer devant la cour de renvoi.

Que peut faire la caution devant la cour de renvoi ?

Le renvoi devant la cour d’appel d’Agen rouvre intégralement le débat. Plusieurs terrains restent stratégiquement ouverts, et c’est sur eux que doit se concentrer la défense.

1. Démontrer précisément les anomalies apparentes. C’est désormais le passage obligé. La défense devra mettre en évidence ce que la banque pouvait déceler à la lecture des fiches : un revenu de 26 000 € correspondant à un salaire alors que la caution lançait sa propre officine — donc un revenu voué à disparaître, ce que la banque ne pouvait ignorer au vu de l’objet du prêt ; l’absence de mention de l’emprunt souscrit par la SCI Valiane, qui faussait la valeur nette annoncée ; ou encore la confusion, dans la présentation de la banque, entre la valeur des immeubles et celle des parts sociales. Autant d’incohérences qui, si elles sont qualifiées d’anomalies apparentes, neutralisent la règle invoquée par la banque.

2. Recentrer le débat sur l’évaluation des parts sociales. La cour de renvoi reste souveraine pour apprécier la valeur réelle des parts de la SCI. La démonstration faite à Bordeaux — une rentabilité nulle absorbant toute valeur — peut être reprise et étayée, en la distinguant clairement de la question des déclarations.

3. Exploiter la soupape du « retour à meilleure fortune ». L’article L. 341-4 comporte un second temps : même si l’engagement était disproportionné à sa conclusion, la banque peut encore agir si le patrimoine de la caution, au moment où elle est appelée, lui permet de faire face. Cette branche peut être plaidée dans les deux sens ; il appartient à la défense de démontrer que le patrimoine de la caution demeure insuffisant aujourd’hui.

4. Réinvestir le terrain de la mise en garde. Le chef relatif au devoir de mise en garde étant cassé par voie de conséquence, il redevient discutable devant la cour de renvoi. Le risque d’endettement né d’un engagement souscrit par une dirigeante qui n’avait jamais exercé de fonctions de gérance d’officine reste un argument à faire valoir, distinct de la disproportion.

🎯 La feuille de route de la défense sur renvoi

Anomalies apparentes des fiches → neutraliser la règle de la banque
    +
Évaluation des parts par la rentabilité → rétablir la disproportion
    +
Patrimoine insuffisant au jour de l’appel → fermer la soupape de l’article L. 341-4
    +
Risque d’endettement → rouvrir la mise en garde

Comment contester un cautionnement disproportionné ?

Au-delà de cette affaire, l’arrêt délivre des enseignements utiles à toute caution — dirigeant, associé, conjoint — qui se voit réclamer le paiement d’une dette professionnelle.

D’abord, la fiche de renseignements est le document central du contentieux. Avant de signer, mesurez la portée de chaque chiffre : ce que vous déclarez aujourd’hui pourra vous être opposé demain. Après coup, si un litige naît, ce même document devient une pièce de premier ordre : il faut l’analyser ligne à ligne pour identifier d’éventuelles anomalies apparentes que la banque ne pouvait ignorer.

Ensuite, la disproportion s’apprécie en tenant compte de la nature réelle des actifs. Des parts de société, un bien immobilier grevé d’un emprunt, un patrimoine peu liquide : tous ces éléments ne valent pas leur montant nominal. Une analyse patrimoniale rigoureuse, distinguant la valeur brute de la valeur nette et réellement mobilisable, est souvent déterminante.

Enfin, la disproportion n’est pas le seul levier. Le formalisme des mentions manuscrites, le devoir de mise en garde, le caractère averti ou non de la caution, l’existence d’un risque d’endettement : ces moyens se cumulent et se complètent. Lorsque la banque a manqué à ses obligations techniques au moment de la mise en place ou du suivi du concours — par exemple en matière de standards techniques de sécurité et de vigilance issus de la réglementation européenne (RTS complétant la DSP2) dans les dossiers où des opérations de paiement sont en cause — un terrain de responsabilité encore sous-exploité peut compléter la défense. Chaque dossier mérite un examen sur mesure.

En pratique — Vous êtes caution et la banque vous réclame le paiement ? Ne signez aucune reconnaissance et ne procédez à aucun règlement avant d’avoir fait expertiser votre dossier. La disproportion, le défaut de mise en garde et le formalisme de l’engagement sont autant d’arguments à examiner ensemble.

Conclusion

L’arrêt du 17 juin 2026 confirme un courant jurisprudentiel favorable aux banques : une caution est, en principe, tenue par les chiffres qu’elle a déclarés dans une fiche sans anomalie apparente. Mais cette décision, rendue sous l’angle étroit du défaut de base légale, ne referme nullement le dossier. Elle censure une méthode de motivation, non le résultat ; elle impose une étape de raisonnement, sans préjuger de son issue.

À notre sens, la solution prête le flanc à la critique en ce qu’elle applique la règle des anomalies apparentes à un débat qui portait, en réalité, sur l’évaluation d’un actif et non sur la sincérité d’une déclaration. C’est précisément cette distinction que la défense devra mettre en lumière devant la cour d’appel d’Agen. Pour la caution, rien n’est perdu : la disproportion peut être de nouveau démontrée, à condition de bâtir une argumentation qui prend la règle de front plutôt que de la contourner. Un cautionnement contesté n’est jamais une cause entendue d’avance ; il se gagne sur les pièces et sur la rigueur de l’analyse.

FAQ — Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un cautionnement manifestement disproportionné ?
C’est un engagement de caution dont le montant est, au jour de sa conclusion, sans commune mesure avec les biens et revenus de la caution. Lorsque la disproportion est caractérisée, le créancier professionnel ne peut plus se prévaloir du cautionnement, à moins que le patrimoine de la caution, au moment où elle est appelée à payer, ne lui permette de faire face à son obligation. La sanction est l’inopposabilité totale de l’engagement.
La banque peut-elle se fier aveuglément à ma fiche de renseignements ?
Oui, mais sous une condition essentielle : que la fiche soit dépourvue d’anomalies apparentes. Si les informations que vous avez déclarées sont cohérentes et vraisemblables, la banque peut s’y fier sans mener d’enquête. En revanche, si la fiche contient des incohérences ou des invraisemblances décelables à la simple lecture, la banque ne peut plus s’abriter derrière vos déclarations, et le juge retrouve toute liberté pour apprécier votre situation réelle.
Que signifie une « cassation partielle avec renvoi » ?
La Cour de cassation n’annule qu’une partie de l’arrêt d’appel et renvoie l’affaire devant une autre cour d’appel — ici, celle d’Agen — pour qu’elle rejuge les points cassés. Cette cour de renvoi statue à nouveau, en fait et en droit, sur la disproportion et la mise en garde. Rien n’est définitivement tranché : la caution conserve toutes ses chances de démontrer à nouveau la disproportion de ses engagements.
Comment évalue-t-on la valeur de parts de société pour apprécier la disproportion ?
Une part de société ne vaut pas une quote-part des biens qu’elle détient. Elle se valorise notamment par la rentabilité de la société, déduction faite des emprunts, charges et impositions. Dans cette affaire, les juges du fond avaient estimé que les parts d’une SCI dont les loyers étaient intégralement absorbés par les mensualités d’emprunt n’avaient, en réalité, aucune valeur. C’est cette appréciation économique, distincte des chiffres bruts déclarés, qui doit être soigneusement étayée.
Le devoir de mise en garde peut-il encore être invoqué après cette cassation ?
Oui. Le chef relatif au devoir de mise en garde ayant été cassé par voie de conséquence, il redevient discutable devant la cour de renvoi. La caution non avertie peut soutenir que la banque aurait dû l’alerter sur le risque d’endettement né de l’opération, surtout lorsqu’elle se lance dans une activité qu’elle n’avait jamais dirigée. Ce moyen est indépendant de la disproportion et mérite d’être plaidé en parallèle.
Je suis caution et la banque me réclame le paiement : que dois-je faire ?
Ne réglez rien et ne signez aucune reconnaissance de dette avant d’avoir fait analyser votre dossier. Réunissez l’acte de cautionnement, la fiche de renseignements remplie à l’époque, et tout document relatif à votre patrimoine d’alors. Un avocat en droit bancaire pourra identifier les leviers : disproportion manifeste, anomalies apparentes de la fiche, défaut de mise en garde, vices de forme des mentions manuscrites. Plusieurs de ces arguments se cumulent.
Quel délai pour contester un cautionnement ?
La disproportion peut être opposée en défense lorsque la banque vous assigne en paiement, sans condition de délai propre : c’est un moyen de défense au fond. En revanche, une action en responsabilité contre la banque (par exemple pour défaut de mise en garde) se prescrit par cinq ans à compter du jour où la caution a connu ou aurait dû connaître le dommage. Il est donc prudent de consulter rapidement pour ne pas laisser un délai courir.

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RGPD :

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