Pôle commun ACPR-AMF, Rapport annuel 2025, publié en juin 2026
🔑 Points clés à retenir
- Selon le baromètre AMF de l’épargne et de l’investissement, 16 % des Français interrogés déclaraient en 2025 avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière.
- En 2025, 1 351 nouveaux noms de sites ou d’acteurs non autorisés ont été inscrits sur les six listes noires publiées sur ABE Infoservice ; 9 269 noms y figuraient au 31 décembre 2025.
- Près de 891 cas d’usurpation d’identité ont été recensés, dont 50 usurpations de l’identité de l’ACPR et 64 e-mails ou URL usurpant celle de l’AMF ou de ses collaborateurs.
- L’enquête de l’ACPR sur les influenceurs a révélé que plus d’un quart des publicités analysées présentaient un défaut de clarté ; 14 promotions d’influenceurs ont été transmises à la DGCCRF par l’AMF.
- Les contrôles coordonnés (30 en 2025) pointent des frais dissimulés, des rétrocessions injustifiées et des conflits d’intérêts mal gérés chez les distributeurs de produits d’épargne.
- L’accord politique européen du 18 décembre 2025 sur la Retail Investment Strategy introduit un principe de « value for money » : un produit aux frais injustifiés ne pourra plus être commercialisé, à l’horizon 2028-2029.
Sommaire ▼
- Qu’est-ce que le Pôle commun ACPR-AMF et à quoi sert-il ?
- Que révèle le rapport 2025 sur l’ampleur des arnaques financières ?
- Quels chiffres faut-il retenir ?
- Quelles sont les méthodes des escrocs en 2025 ?
- Que faire si vous avez déjà versé des fonds ?
- Influenceurs et publicités financières : pourquoi la vigilance s’impose-t-elle ?
- Frais et conflits d’intérêts : que révèlent les contrôles coordonnés ?
- Que signifient ces constats pour les épargnants ?
- Quelles réformes vont renforcer la protection des épargnants ?
- Comment vous protéger concrètement ?
- Conclusion
- FAQ — Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Pôle commun ACPR-AMF et à quoi sert-il ?
Le Pôle commun est l’instance de coordination entre les deux grands régulateurs du secteur financier français : l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France, qui supervise les banques et les assureurs, et l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui surveille les marchés, les sociétés de gestion et les conseillers en investissements financiers.
Instance instituée par l’article L. 612-47 du code monétaire et financier, chargée de coordonner les priorités de contrôle des deux autorités en matière de protection des clientèles, d’assurer une veille commune sur les publicités et les nouveaux produits, et d’offrir un point d’entrée unique aux épargnants et assurés : la plateforme ABE Infoservice.
Concrètement, le Pôle commun s’est réuni à onze reprises en 2025 et anime quatre groupes de travail thématiques. Il pilote le site ABE Infoservice (Assurance Banque Épargne Infoservice), qui a enregistré plus de 1,1 million de pages vues et environ 820 000 visites en 2025, ainsi que la plateforme téléphonique accessible au 34 14, le numéro unique de la Banque de France. C’est sur ce site que sont publiées les fameuses listes noires des sites et acteurs non autorisés — un outil de première importance pour tout épargnant sollicité par un « conseiller » trop insistant.
Le rapport annuel du Pôle commun est donc un document précieux : il agrège les constats des deux autorités sur les arnaques, les publicités financières et les pratiques commerciales des professionnels. Sa lecture éclaire à la fois les épargnants qui veulent se prémunir et les victimes qui cherchent à comprendre ce qui leur est arrivé — et ce qu’elles peuvent en tirer sur le terrain judiciaire.
Que révèle le rapport 2025 sur l’ampleur des arnaques financières ?
Quels chiffres faut-il retenir ?
Le constat d’ensemble est sans appel : les escroqueries financières demeurent, selon les termes mêmes du rapport, « un phénomène de préoccupation constante ». Trois séries de chiffres méritent l’attention.
D’abord, la prévalence du phénomène. Selon la dernière édition du baromètre de l’épargne et de l’investissement de l’AMF, 16 % des Français interrogés déclaraient en 2025 avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière. Rapporté à la population adulte, ce pourcentage donne la mesure d’un phénomène de masse, très loin des quelques affaires médiatisées.
Ensuite, l’activité des listes noires. En 2025, l’AMF et l’ACPR ont inscrit 1 351 nouveaux noms de sites ou d’acteurs non autorisés sur leurs six listes noires publiées sur ABE Infoservice, contre 1 459 noms en 2024. Au total, 9 269 noms étaient recensés sur ces listes au 31 décembre 2025. La légère baisse des inscriptions ne traduit pas un recul de la fraude : les faux placements se recyclent, changent de nom de domaine et réapparaissent sous d’autres habillages. Ces listes noires ont d’ailleurs représenté à elles seules près de 260 000 vues sur le site.
Enfin, l’explosion des usurpations d’identité : près de 891 cas ont été recensés en 2025. Fait remarquable, les autorités elles-mêmes sont visées. L’ACPR a identifié 50 usurpations de son identité — tentatives de phishing par e-mail, demandes de règlement de prétendus frais pour « débloquer » de fausses promesses de dons ou d’héritage, faux crédits. L’AMF a identifié 64 e-mails ou URL usurpant son identité ou celle de ses collaborateurs, soit plus d’un quart des usurpations qu’elle signale, en forte augmentation par rapport à 2024 (47 cas). Dans la majorité des cas, les escrocs se présentent comme des agents de l’AMF chargés d’aider les victimes d’escroquerie à récupérer leurs fonds : c’est l’arnaque dans l’arnaque, qui cible des personnes déjà fragilisées par un premier préjudice.
Liste publiée par l’AMF ou l’ACPR recensant les sites internet et entités qui proposent des produits bancaires, d’assurance ou d’investissement en France sans y être autorisés, ou qui usurpent l’identité de professionnels dûment agréés. Six listes noires sont consultables gratuitement sur le site ABE Infoservice. L’absence d’un nom sur ces listes ne vaut toutefois pas garantie de sérieux : les escrocs vont plus vite que les recensements.
Quelles sont les méthodes des escrocs en 2025 ?
Le rapport décrit un paysage de la fraude qui évolue rapidement. Les faux placements financiers concernent majoritairement de prétendus investissements dans des crypto-actifs, ainsi que le FOREX (marché des changes). L’ACPR constate de son côté la persistance des arnaques aux faux livrets d’épargne et aux faux crédits — ces « super livrets » à 6 ou 8 % qui n’existent que sur le papier à en-tête falsifié d’une banque réelle.
Nouveauté soulignée par l’AMF : de plus en plus de propositions d’investissement transitent par des messageries privées de type WhatsApp. Le régulateur a publiquement appelé à la vigilance face aux prétendus « bons plans » boursiers qui y circulent. Ces canaux fermés échappent par nature à la veille publicitaire classique et créent une fausse intimité propice à la manipulation.
Le site ABE Infoservice s’est également enrichi de contenus sur deux techniques en plein essor : la fraude à la « mule financière » sur les réseaux sociaux — où la victime est recrutée pour faire transiter des fonds d’origine frauduleuse par son propre compte, s’exposant elle-même à des poursuites — et le détournement de lignes téléphoniques par les escrocs, qui permet notamment les appels affichant le vrai numéro d’une banque (technique dite du spoofing téléphonique, que nous avons analysée à plusieurs reprises sur ce blog à propos des arnaques au faux conseiller bancaire).
Face à cette menace, le Pôle commun a mis l’accent sur la prévention : une cinquantaine de nouveaux contenus publiés sur ABE Infoservice, des vidéos sur le financement participatif et la mule financière, et le lancement en décembre 2025 de la campagne « BaWé » à destination des 18-34 ans sur YouTube et TikTok, qui totalisait plus de 9,1 millions de vues à la fin de l’année. L’effort pédagogique est réel. Mais la prévention, par construction, n’indemnise personne : pour celles et ceux dont l’épargne s’est déjà envolée, la question n’est plus « comment éviter l’arnaque » mais « comment obtenir réparation ».
Que faire si vous avez déjà versé des fonds ?
C’est ici que le rapport montre ses limites — et c’est bien normal, car tel n’est pas son objet. Les autorités alertent, recensent, transmettent aux services compétents (police, parquet, DGCCRF), mais elles n’indemnisent pas les victimes et ne contraignent pas les banques à rembourser. Le chemin de l’indemnisation passe par d’autres canaux : la contestation bancaire et, le cas échéant, l’action judiciaire.
Deux réflexes s’imposent. Le premier : agir vite auprès de sa banque, en contestant les opérations litigieuses par écrit. Lorsque les fonds sont partis à la suite d’opérations de paiement non autorisées — cas typique du faux conseiller qui fait valider des virements —, c’est à la banque de prouver que l’opération a été authentifiée et correctement exécutée ; le régime des articles L. 133-18 et suivants du code monétaire et financier est largement favorable au client. Le second réflexe : soigner ses déclarations. Ce que vous écrivez à votre banque et ce que vous déclarez dans votre plainte peut faire gagner — ou perdre — votre dossier. Nous avons consacré un guide complet à ce sujet : Fraude bancaire : que dire et ne pas dire à sa banque et dans sa plainte.
On relèvera enfin que, au-delà du régime des opérations non autorisées, les banques sont tenues d’obligations techniques précises au titre des normes techniques de réglementation (RTS) complétant la deuxième directive sur les services de paiement (DSP2) : authentification forte, surveillance des opérations, détection des anomalies. Ce terrain, encore sous-utilisé dans le contentieux, peut utilement compléter l’argumentaire d’une victime lorsque la banque a laissé passer des opérations au schéma manifestement anormal.
🧭 Victime d’une arnaque financière : la séquence utile
🛑 Stopper tout nouveau versement, couper le contact avec l’« intermédiaire »
↓
🏦 Contester par écrit auprès de la banque les opérations litigieuses, sans auto-incrimination hasardeuse
↓
⚖️ Déposer plainte avec des déclarations maîtrisées (chaque mot compte)
↓
📁 Conserver toutes les preuves : échanges, relevés, captures d’écran, références des virements
↓
👨⚖️ Faire analyser le dossier : remboursement des opérations non autorisées, responsabilité de la banque, manquements aux obligations techniques (RTS)
Influenceurs et publicités financières : pourquoi la vigilance s’impose-t-elle ?
Deuxième grand volet du rapport : la veille publicitaire. En 2025, 4 543 publicités ont été analysées dans le cadre du Pôle commun. L’AMF identifie trois tendances de fond.
Première tendance : une augmentation marquée des publicités pour des services d’investissement — principalement le conseil en investissement et la gestion de portefeuille pour compte de tiers —, qui représentent 12 % de l’ensemble des communications analysées en 2025, contre moins de 3 % en 2024. Deuxième tendance : l’apparition de communications incitant à investir dans des placements « à fort engagement » dans des secteurs comme la défense, la santé ou le digital, qui transforment des enjeux sociaux en opportunités d’investissement thématiques. Troisième tendance : une recrudescence des argumentaires fondés sur l’avantage fiscal, portée notamment par les campagnes publicitaires pour les FCPI remarquées au dernier trimestre 2025 et par l’engouement pour le plan d’épargne retraite — 41 % des épargnants déclaraient en 2025 avoir investi en bourse ou en immobilier via un PER, contre 24 % en 2022, et les publicités pour les PER et les FCPI ont représenté 12 % des publicités recensées par l’AMF.
Côté assurance-vie, l’ACPR a fait évoluer sa méthode : le contrôle des publicités repose désormais sur une approche par les risques plutôt que sur une analyse exhaustive, avec une attention particulière aux communications mettant en avant des arguments extra-financiers (durabilité, impact). Ces publicités « vertes » ont augmenté de 22 % en 2025, après une baisse de près de 50 % en 2024.
Mais le point le plus significatif pour les particuliers concerne les influenceurs. L’enquête menée par l’ACPR sur les publicités diffusées sur les réseaux sociaux comportait un volet dédié aux influenceurs, dont les vidéos portaient très majoritairement sur des comptes et moyens de paiement. Résultat : plus d’un quart des publicités analysées présentaient un défaut de clarté — mise en avant de la gratuité d’un service en réalité intégré à un abonnement payant, omission de frais applicables. Des rappels individuels ont été adressés aux acteurs concernés, et l’ACPR annonce pour 2026 une nouvelle enquête sur les publicités bancaires dans les réseaux sociaux et les médias traditionnels.
Du côté des marchés financiers, l’AMF constate que la promotion des plateformes de crypto-actifs reste très importante sur les réseaux sociaux, alimentée par des programmes d’affiliation rémunérant l’influenceur à chaque nouvelle inscription. Depuis la loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale, les liens d’affiliation doivent être rendus visibles ; à défaut, l’AMF rappelle les règles aux intéressés. Surtout, lorsque la plateforme promue n’est pas autorisée à fournir ses services en France, l’AMF l’inscrit sur liste noire et informe la DGCCRF de la promotion illégale — quatorze promotions d’influenceurs ont ainsi été transmises à la DGCCRF en 2025. Les deux autorités ont par ailleurs renforcé leur coopération avec l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité : l’ACPR a signé avec l’ARPP une convention de partenariat fin juin 2025, l’AMF disposant de la sienne depuis 2011, laquelle a permis de lancer en 2023 un certificat de l’influence responsable dans la finance.
Pour l’épargnant, la leçon est simple : une recommandation d’influenceur n’est ni un conseil en investissement régulé, ni un gage de fiabilité — c’est, dans une proportion significative de cas, une publicité rémunérée dont les défauts de transparence sont documentés par le régulateur lui-même. Et lorsqu’un placement conseillé par un influenceur tourne mal, ce constat officiel peut nourrir l’argumentaire de la victime.
Frais et conflits d’intérêts : que révèlent les contrôles coordonnés ?
Troisième volet, moins médiatisé mais lourd d’enseignements : les contrôles des pratiques commerciales. En 2025, 30 contrôles ouverts par les deux autorités ont fait l’objet d’échanges au sein du Pôle commun. L’un a conduit à des notifications de griefs, un autre à une lettre de suite. Parmi les contrôles ouverts en 2024, six ont conduit en 2025 à l’envoi de notifications de griefs et dix à des lettres de suite. Ces contrôles portent sur le processus de commercialisation, la qualité de l’information délivrée, la gestion des conflits d’intérêts et le traitement des réclamations.
L’AMF et l’ACPR ont par ailleurs analysé un ensemble de contrôles menés sur cinq ans pour évaluer l’application des directives européennes sur la distribution d’assurances et les marchés d’instruments financiers, ainsi que du règlement sur l’information précontractuelle des produits packagés (PRIIPs). Le bilan est en demi-teinte : les pratiques s’améliorent, mais des progrès restent attendus sur la gouvernance des produits, le devoir de conseil et la gestion des conflits d’intérêts.
Les cas concrets relevés par le rapport méritent d’être cités, car ils décrivent des situations que beaucoup d’épargnants vivent sans le savoir :
Dans la gestion sous mandat, la dernière mission de contrôle de l’AMF sur les prestataires de services d’investissement met en exergue des investissements quasi systématiquement opérés sur les parts de fonds les plus chargées en frais, alors qu’une alternative moins coûteuse (« clean share ») existait — une pratique expressément qualifiée de contraire aux intérêts des clients. Le prestataire bénéficiait en outre des conseils d’une société de gestion de son propre groupe pour sélectionner son univers d’investissement, situation de conflit d’intérêts insuffisamment encadrée.
Chez des conseillers en investissements financiers commercialisant des parts de SCPI ou des produits structurés, l’AMF a relevé des manquements dans l’information sur les frais : rémunérations de partenaires et commissions d’intermédiation non mentionnées, frais du service et frais du produit non agrégés, commissions de tiers omises. Dans un cas, la part variable de la rémunération des conseillers pouvait être plus de cinq fois supérieure à la part fixe, et le cabinet exerçait une activité d’intermédiation en opérations de banque l’incitant à conseiller des SCPI à crédit — configuration où l’intérêt du distributeur prime structurellement celui du client.
Sur les rétrocessions versées par les sociétés de gestion aux distributeurs de fonds, les contrôles de l’AMF ont fait ressortir plusieurs cas où la société de gestion n’était pas en mesure de prouver que le distributeur avait amélioré le service fourni au client — condition fixée notamment par l’article 24 du règlement délégué AIFM pour que le paiement de rétrocessions soit licite. Plusieurs sanctions disciplinaires ont été prononcées par la commission des sanctions de l’AMF en 2025 sur ce thème.
Enfin, l’ACPR a mis en évidence, chez un intermédiaire commercialisant en ligne des contrats d’assurance-vie et de retraite, des défaillances en cascade : contrôle du marché cible déficient, information précontractuelle sur les frais et performances lacunaire, détermination insuffisante du niveau de connaissance et de la capacité à subir des pertes du client, mandat d’arbitrage ne permettant pas une allocation cohérente avec les besoins du client, et absence totale de procédure de prévention des conflits d’intérêts.
Fraction des frais de gestion d’un fonds que la société de gestion reverse au distributeur (banque, conseiller, courtier) qui a placé le produit auprès du client. Ce mécanisme, invisible pour l’épargnant, incite le distributeur à recommander les produits qui le rémunèrent le mieux — pas nécessairement ceux qui servent le mieux l’intérêt du client. Sa licéité est strictement conditionnée, notamment à une amélioration démontrable du service rendu au client.
Que signifient ces constats pour les épargnants ?
On peut saluer le travail de supervision — et regretter dans le même temps que le rapport reste, par nature, silencieux sur la question qui intéresse d’abord les épargnants concernés : ces manquements documentés ouvrent-ils droit à réparation ? La réponse est positive, mais elle suppose d’agir sur le terrain civil, que les autorités ne couvrent pas.
Les constats dressés par les régulateurs — frais dissimulés, conseil inadapté au profil, conflits d’intérêts non gérés, information précontractuelle défaillante — correspondent en effet à des manquements que les juridictions civiles sanctionnent régulièrement sur le fondement du devoir d’information et de conseil du professionnel : responsabilité du conseiller en investissements financiers, du courtier ou de l’assureur, perte de chance de ne pas contracter ou de mieux investir, voire restitution de frais indûment perçus. Un épargnant qui découvre que son contrat d’assurance-vie a été investi sur les parts les plus chargées d’un fonds alors qu’une part identique moins coûteuse existait, ou que son conseiller a omis de mentionner les commissions perçues de tiers, dispose d’arguments sérieux — d’autant plus sérieux que le régulateur a précisément identifié ces pratiques comme contraires aux intérêts des clients.
La difficulté pratique est probatoire : ces manquements se nichent dans des documents techniques (déclarations d’adéquation, rapports de gestion, conventions de distribution) que le client ne sait pas toujours lire. C’est un travail d’analyse juridique et financière du dossier — et c’est précisément là qu’un accompagnement spécialisé fait la différence.
Quelles réformes vont renforcer la protection des épargnants ?
Que va changer la Retail Investment Strategy et son « value for money » ?
L’année 2025 a constitué, selon le rapport, le point d’orgue des négociations sur la stratégie européenne en matière d’investissement de détail (Retail Investment Strategy, RIS), vaste réforme des règles de conduite et d’information figurant dans les directives MIF2 et DDA et dans le règlement PRIIPs, proposée par la Commission européenne en mai 2023. L’accord politique du 18 décembre 2025 marque une avancée significative, en particulier sur le volet du « value for money » : les prestataires de services d’investissement devront recenser et quantifier l’ensemble des coûts et frais des produits qu’ils conçoivent ou conseillent, puis en apprécier le caractère justifié et proportionné au regard d’une comparaison avec des produits similaires. À défaut, leur commercialisation sera interdite. Pour l’assurance-vie, le dispositif est quasiment identique, la comparaison aux pairs étant remplacée par des références (« benchmarks ») élaborées par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) ou, le cas échéant, par des références nationales.
Le test d’adéquation sera complété pour tenir compte du besoin de diversification des clients, l’information sur les coûts sera rationalisée par des formats harmonisés, et les distributeurs devront veiller à ce que toute incitation perçue procure un avantage tangible au client, avec publication claire et séparée de son montant.
On mesure l’ambition — et on peut s’interroger sur le calendrier : compte tenu du délai de transposition de deux ans, l’entrée en application des textes amendés est escomptée à l’horizon 2028-2029. D’ici là, les épargnants continueront de payer des frais dont le caractère justifié ne sera contrôlé qu’a posteriori, contrôle par contrôle. Les pratiques documentées dans le rapport 2025 — clean shares ignorées, rétrocessions non justifiées — montrent pourtant que le problème est actuel, non prospectif. Pour les dossiers d’aujourd’hui, c’est le droit existant — devoir de conseil, obligation d’information, gestion des conflits d’intérêts — qui reste l’outil de travail des victimes et de leurs conseils.
Préférences de durabilité : pourquoi le conseil reste-t-il défaillant ?
Depuis 2022, la réglementation européenne (MiFID II et DDA) impose de recueillir les préférences de durabilité du client lors du conseil en investissement, en plus des critères classiques (expérience, situation financière, tolérance au risque). Le rapport constate que la mise en œuvre reste souvent insuffisante : notions complexes, parcours de conseil non conformes, clients rarement en mesure d’exprimer des préférences détaillées. L’ACPR et l’AMF ont publié en novembre 2025 une démarche conjointe pour accompagner les professionnels de l’assurance-vie et du conseil en investissement, avec des outils d’évaluation adaptés et une clarification des obligations. Pour l’épargnant sensible à l’investissement responsable, ce chantier est à suivre : un questionnaire de durabilité bâclé, c’est aussi un conseil potentiellement inadapté.
Produits structurés : pourquoi les régulateurs s’y intéressent-ils de si près ?
Les produits structurés — ces placements à formule dont le rendement dépend de scénarios de marché — connaissent un fort dynamisme commercial auprès des particuliers. Sous l’égide du Pôle commun, des travaux lancés début 2024 ont abouti à une cartographie du marché publiée en avril 2025, puis à une nouvelle phase d’étude sur la distribution, les frais et la performance de ces produits : questionnaire adressé en septembre à des émetteurs représentatifs, entretiens, et second volet consacré à la distribution (respect des marchés cibles, gouvernance produits, adéquation du conseil). Une synthèse des principaux constats sera publiée au cours du second trimestre 2026. Autant dire que le sujet est sensible : la complexité de ces produits, leur structure tarifaire opaque et leur distribution via des plateformes d’intermédiation concentrent précisément les risques de mauvais conseil que les contrôles de 2025 ont documentés.
Directive Accessibilité : quelles nouvelles obligations depuis juin 2025 ?
Signalons enfin l’application progressive de la directive européenne Accessibilité (directive (UE) 2019/882 du 17 avril 2019), transposée notamment dans le code de la consommation et le code monétaire et financier. Depuis le 28 juin 2025, les informations fournies aux clients des services bancaires et financiers — crédit à la consommation, crédit immobilier, comptes de paiement, monnaie électronique, services d’investissement — doivent être compréhensibles, c’est-à-dire rédigées dans un langage simple ne dépassant pas le niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues. Un premier bilan de l’application de ces règles a été réalisé début 2026. Cette exigence de lisibilité pourrait, à terme, peser dans l’appréciation du devoir d’information : une documentation contractuelle incompréhensible pour son destinataire est une documentation qui informe mal.
Comment vous protéger concrètement ?
Du rapport 2025, l’épargnant peut tirer une courte liste de réflexes opérationnels. Avant tout versement à un intermédiaire qui vous démarche : vérifier les listes noires sur ABE Infoservice et s’assurer que le professionnel est bien enregistré (registres officiels des agents financiers et des intermédiaires en assurance). Se méfier systématiquement des promesses de rendement élevé sans risque, des « bons plans » circulant sur WhatsApp ou via des influenceurs, et de tout interlocuteur se présentant comme un agent de l’AMF, de l’ACPR ou de la Banque de France venu vous aider à récupérer des fonds perdus : le rapport le confirme, « l’AMF ne contacte pas de sa propre initiative les épargnants par téléphone ou messagerie privée ». En cas de doute, le 34 14 permet de joindre la plateforme commune des autorités.
Et si le mal est fait, ne restez pas seul face à votre banque : les opérations de paiement non autorisées obéissent à un régime de remboursement protecteur, les manquements au devoir de conseil se plaident, et la manière dont vous formulez votre contestation et votre plainte conditionne la suite. Avant tout échange écrit avec la banque ou les enquêteurs, relisez notre guide : Fraude bancaire : que dire et ne pas dire à sa banque et dans sa plainte.
Conclusion
Le rapport annuel 2025 du Pôle commun ACPR-AMF documente, chiffres à l’appui, deux réalités que le cabinet observe quotidiennement dans ses dossiers. La première : l’arnaque financière est un phénomène de masse, industrialisé, qui n’épargne aucun profil et va jusqu’à usurper l’identité des régulateurs eux-mêmes. La seconde : les manquements ne sont pas le monopole des escrocs — chez les professionnels régulés aussi, les contrôles révèlent des frais dissimulés, des conseils orientés par la rémunération du distributeur et des conflits d’intérêts non gérés.
La prévention progresse, la réforme européenne avance, mais ni l’une ni l’autre n’indemnisent les victimes d’hier et d’aujourd’hui. Pour elles, le levier reste judiciaire : régime des opérations non autorisées, devoir d’information et de conseil, responsabilité des intermédiaires. Les constats officiels du Pôle commun, loin d’être de simples statistiques, constituent autant d’éléments de contexte qui renforcent ces actions. Victime d’une arnaque ou d’un conseil défaillant, épargnant confronté à des frais que rien ne justifie : chaque dossier mérite une analyse précise des responsabilités — et le plus tôt est toujours le mieux.



